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mercredi 10 septembre 2014

Antigone

Antigone : résumé et personnages
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Antigone
de Jean Anouilh
• Résumé d’Antigone de Jean Anouilh
• Les personnages d’Antigone
Antigone, tragédie de Jean Anouilh (1944)
Jean Anouilh a écrit cette pièce en 1942. Celle-ci fut créée le 4 février 1944 au théâtre de l’Atelier à Paris, dans une mise en scène d’André Barsac. Elle a été publiée en 1946, aux éditions de la table Ronde et figure dans les Nouvelles pièces noires parues la même année.
Résumé d’Antigone de Jean Anouilh
Tragédie en prose, en un acte.
Le personnage baptisé le Prologue présente les différents protagonistes et résume la légende de Thèbes (Anouilh reprend cette tradition grecque qui consiste à confier à un personnage particulier un monologue permettant aux spectateurs de se rafraîchir la mémoire. Le Prologue replace la pièce dans son contexte mythique). Toute la troupe des comédiens est en scène. Si certains personnages semblent ignorer le drame qui se noue, d’autres songent déjà au désastre annoncé.
Antigone rentre chez elle, à l’aube, après une escapade nocturne. Elle est surprise par sa nourrice qui lui adresse des reproches. L’héroïne doit affronter les questions de sa nounou. Le dialogue donne lieu à un quiproquo. La nourrice prodigue des conseils domestiques (« il va falloir te laver les pieds avant de te remettre au lit») tandis qu’Antigone évoque son escapade avec beaucoup de mystère (« oui j’avais un rendez-vous»). Mais elle n’en dira pas plus.
La nourrice sort et Ismène, la soeur d’Antigone, dissuade cette dernière d’enfreindre l’ordre de Créon et d’ensevelir le corps de Polynice. Ismène exhorte sa soeur à la prudence («Il est plus fort que nous, Antigone, il est le roi»). Antigone refuse ces conseils de sagesse. Elle n’entend pas devenir raisonnable.
Antigone se retrouve à nouveau seule avec sa nourrice. Elle cherche à surmonter ses doutes et demande à sa nourrice de la rassurer. Elle tient aussi des propos ambigus pour ceux (et c’est le cas de la nourrice) qui ne connaissent pas son dessein. Elle semble décidée à mourir et évoque sa disparition à mots couverts « Si, moi, pour une raison ou pour une autre, je ne pouvais plus lui parler...».
Antigone souhaite également s’expliquer avec son fiancé Hémon. Elle lui demande de le pardonner pour leur dispute de la veille. Les deux amoureux rêvent alors d’un bonheur
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improbable. Sûre d’être aimée, Antigone est rassurée. Elle demande cependant à Hémon de garder le silence et lui annonce qu’elle ne pourra jamais l’épouser. Là encore, la scène prête au quiproquo : le spectateur comprend qu’Antigone pense à sa mort prochaine, tandis qu’Hémon, qui lui n’a pas percé le dessein d’Antigone, est attristé de ce qu’il prend pour un refus.
Ismène revient en scène et conjure sa soeur de renoncer à son projet. Elle affirme même que Polynice, le «frère banni», n’aimait pas cette soeur qui aujourd’hui est prête à se sacrifier pour lui.
Antigone avoue alors avec un sentiment de triomphe, qu’il est trop tard, car elle a déjà, dans la nuit, bravé l’ordre de Créon et accompli son geste « C’est trop tard. Ce matin, quand tu m’as rencontrée, j’en venais.»
Jonas, un des gardes chargés de surveiller le corps de Polynice, vient révéler à Créon, qu’on a transgressé ses ordres et recouvert le corps de terre. Le roi veut croire à un complot dirigé contre lui et fait prendre des mesures pour renforcer la surveillance du corps de Polynice. Il semble également vouloir garder le secret sur cet incident : « Va vite. Si personne ne sait, tu vivras.»
Le choeur s’adresse directement au public et vient clore la première partie de la pièce. Il commente les événements en exposant sa conception de la tragédie qu’il oppose au genre littéraire du drame. Le choeur affiche également une certaine ironie et dévoile les recettes de l’auteur : «c’est cela qui est commode dans la tragédie. On donne un petit coup de pouce pour que cela démarre... C’est tout. Après on n’a plus qu’à laisser faire. On est tranquille. Cela roule tout seul.»
Antigone est traînée sur scène par les gardes qui l’ont trouvée près du cadavre de son frère. Ils ne veulent pas croire qu’elle est la nièce du roi, et la traitent avec brutalité. Ils se réjouissent de cette capture et des récompenses et distinctions qu’elle leur vaudra.
Créon les rejoint. Les gardes font leur rapport. Le roi ne veut pas les croire. Il interroge sa nièce qui avoue aussitôt. Il fait alors mettre les gardes au secret, avant que le scandale ne s’ébruite.
Créon et Antigone restent seuls sur scène. C’est la grande confrontation entre le roi et Antigone. Le roi souhaite étouffer le scandale et ramener la jeune fille à la raison. Dans un premier temps, Antigone affronte Créon qui tente de la dominer de son autorité.
Les deux protagonistes dévoilent leur personnalité et leurs motivations inconciliables. Créon justifie les obligations liées à son rôle d’homme d’état. Antigone semble sourde à ses arguments : (Créon : Est ce que tu le comprends cela ? Antigone : « Je ne veux pas le comprendre.») . A court d’arguments Créon révèle les véritables visages de Polynice et d’Etéocle et les raisons de leur ignoble conflit. Cet éclairage révolte Antigone qui semble prête à renoncer et à se soumettre. Mais c’est en lui promettant un bonheur ordinaire avec Hémon, que Créon ravive son amour-propre et provoque chez elle un ultime sursaut. Elle rejette ce futur inodore et se rebelle à nouveau. Elle choisit une nouvelle fois la révolte et la mort.
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Ismène, la soeur d’Antigone entre en scène alors que cette dernière s’apprêtait à sortir et à commettre un esclandre, ce qui aurait obligé le roi à l’emprisonner. Ismène se range aux côtés d’Antigone et est prête à mettre elle aussi sa vie en jeu. Mais Antigone refuse, prétextant qu’il est trop facile de jouer les héroïnes maintenant que les dés ont été jetés. Créon appelle la garde, Antigone clôt la scène en appelant la mort de ses cris et en avouant son soulagement (Enfin Créon !)
Le choeur entre en scène. Les personnages semblent avoir perdu la raison, ils se bousculent. Le choeur essaye d’intercéder en faveur d’Antigone et tente de convaincre Créon d’empêcher la condamnation à mort d’Antigone. Mais le roi refuse, prétextant qu’Antigone a choisi elle-même son destin, et qu’il ne peut la forcer à vivre malgré elle.
Hémon vient lui aussi, ivre de douleur, supplier son père d’épargner Antigone, puis il s’enfuit.
Antigone reste seule avec un garde. Elle rencontre là le «dernier visage d’homme». Il se révèle bien mesquin, et ne sait parler que de grade et de promotion. Il est incapable d’offrir le moindre réconfort à Antigone. Cette scène contraste, par son calme, avec le violent tumulte des scènes précédentes. Apprenant qu’elle va être enterrée vivante, éprouvant de profonds doutes (« Et Créon avait raison, c’est terrible maintenant, à côté de cet homme, je ne sais plus pourquoi je meurs.», Antigone souhaite dicter au garde une lettre pour Hémon dans laquelle elle exprime ses dernières pensées. Puis elle se reprend et corrige ce dernier message («Il vaut mieux que jamais personne ne sache»). C’est la dernière apparition d’Antigone.
Le messager entre en scène et annonce à Créon et au public la mort d’Antigone et la mort de son fils Hémon. Tous les efforts de Créon pour le sauver ont été vains. C’est alors le choeur qui annonce le suicide d’Eurydice, la femme de Créon : elle n’a pas supporté la mort de ce fils qu’elle aimait tant. Créon garde un calme étonnant. Il indique son désir de poursuivre « la salle besogne « sans faillir. Il sort en compagnie de son page.
Tous les personnages sont sortis. Le choeur entre en scène et s’adresse au public : Il constate avec une certaine ironie la mort de nombreux personnages de cette tragédie : «Morts pareils, tous, bien raides, bien inutiles, bien pourris.» La mort a triomphé de presque tous. Il ne reste plus que Créon dans son palais vide. Les gardes, eux continuent de jouer aux cartes, comme ils l’avaient fait lors du Prologue. Ils semblent les seuls épargnés par la tragédie. Ultime dérision.
Les personnages d’Antigone
Antigone
Antigone est le personnage clé de la pièce. Dès le prologue, règne autour d’elle un sentiment de fatalité, de destin inéluctable – «Elle aurait bien aimé vivre Mais il n’y a rien à faire. Elle s’appelle Antigone et il va falloir qu’elle joue son rôle jusqu’au bout.»
Dès le début, Antigone s’oppose à sa soeur Ismène, qui incarne son contraire. Antigone, c’est «la maigre jeune fille noiraude et renfermée», tandis que sa soeur «la blonde, la belle, l’heureuse Ismène» a les traits de l’héroïne parfaite.
Antigone est déterminée et mystérieuse. On apprend aussi qu’elle elle est «hypocrite», a
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un «sale caractère, qu’elle est «la sale bête, l’entêtée, la mauvaise». Au contraire, Ismène semble disposer de tous les atouts, mais malgré cela, c’est Antigone qui fascine : «Pas belle comme nous, lui dit sa soeur, mais autrement. Tu sais bien que c’est sur toi que se retournent les petits voyous dans la rue ; que c’est toi que les petites filles regardent passer, soudain muettes sans pouvoir te quitter des yeux jusqu’à ce que tu aies tourné le coin.»; C’est Antigone également qui séduit Hémon : elle se révèle à la fois sensuelle lors de la scène avec son fiancé, et sensible lors de ses discussions avec la Nourrice.
Antigone a une personnalité que Créon n’hésite pas à qualifier d’orgueilleuse. Elle possède en elle une force qui la pousse à aller où les autres ne vont pas, à refuser la facilité : «Qu’est-ce que vous voulez que cela me fasse, à moi, votre politique, votre nécessité, vos pauvres histoires ? Moi, je peux encore dire «non» encore à tout ce que je n’aime pas et je suis seule juge.»
Elle revendique sa propre liberté et affirme : mon acte, c’est «pour personne. Pour moi.». Elle exprime aussi une volonté, une détermination indépendante aux pressions extérieures.
Mais cette liberté a un prix. Face à la mort, Antigone prend conscience de sa solitude, elle murmure : «toute seule» et elle répète «Je suis toute seule.» Pour vaincre cette solitude, elle cherche refuge dans l’amour. Lors de sa dernière scène, face à un garde ignorant, grossier et odieux, elle souhaite écrire à Hémon « Oui. Pardon, mon chéri. Sans la petite Antigone, vous auriez tous été bien tranquilles. Je t’aime…. « Ce sera son dernier message.
Créon
Le roi de Thèbes est un souverain besogneux et consciencieux, le contraire d’un ambitieux : «son oncle, qui est le roi», «il a des rides, il est fatigué», «
Créon ressemble par certains côtés aux gardes qu’il commande. «Thèbes a droit maintenant à un prince sans histoire. Moi, je m’appelle seulement Créon, Dieu merci. J’ai mes deux pieds sur terre, mes deux mains enfoncées dans mes poches, et, puisque je suis roi, j’ai résolu, avec moins d’ambition que ton père, de m’employer tout simplement à rendre l’ordre de ce monde un peu moins absurde, si c’est possible.»
Personnage sans originalité, sans audace, il semble usé et résigné. Il a eu par le passé des idéaux, mais ceux-ci ont été balayés, peut-être par le fait qu’à la différence d’Antigone, il n’ait pas rencontré son destin : «J’écoutais du fond du temps un petit Créon maigre et pâle comme toi et qui ne pensait qu’à tout donner lui aussi...»
Durant la scène capitale avec Antigone, il montre tout d’abord une figure paternelle et bienveillante et cherche à sauver sa nièce : «je te comprends, j’aurais fait comme toi à vingt ans. C’est pour cela que je buvais tes paroles...» Puis devant l’obstination d’Antigone, il met en avant ses imperfections, lui qui n’est pas un héros, mais seulement un «ouvrier» du pouvoir, pour justifier la condamnation à mort d’Antigone.
Ismène
Ismène sert à définir, par contraste, Antigone. Elle «bavarde et rit», «la blonde, la belle» Ismène possède le «goût de la danse et des jeux ... du bonheur et de la réussite, sa sensualité aussi», elle est «bien plus belle qu’Antigone», est «éblouissante», avec «ses bouclettes et ses rubans», «Ismène
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est rose et dorée comme un fruit».
Tout semble opposer ces deux soeurs : Ismène, la réfléchie et la prudente, Antigone, la passionnée et l’audacieuse; Ismène qui a soif de vie et de bonheur, Antigone, l’héroïne, qui n’a pas peur de mourir ; Ismène, «la blonde, la belle», Antigone «la maigre jeune fille noiraude et renfermée»
Mais Antigone «sa soeur» possède une qualité indomptable qui lui manque : Ismène n’a pas cette force surhumaine, elle est disposée au compromis jusqu’à la lâcheté. Elle aura toutefois une réaction émouvante à la fin de la pièce et voudra lier son destin à celui d’Antigone : «Antigone, pardon ! Antigone, tu vois, je viens, j’ai du courage. J’irai maintenant avec toi ... Si vous la faites mourir, il faudra me faire mourir avec elle ! ... Je ne peux pas vivre si tu meurs, je ne veux pas rester sans toi !». Mais Antigone refusera avec mépris : «Ah ! Non. Pas maintenant. Pas toi ! C’est moi, c’est moi seule. Tu ne te figures pas que tu vas venir mourir avec moi maintenant. Ce serait trop facile ! ... Tu as choisi la vie et moi la mort. Laisse-moi maintenant avec tes jérémiades.»
Hémon
C’est le fils de Créon. Le «jeune homme», «fiancé d’Antigone» n’apparaît que deux fois. Il est fasciné par Antigone «Oui, Antigone» et révolté contre son père Créon. Il fait preuve de beaucoup de candeur et semble avoir peur de grandir et de regarder les choses en face : «Père, ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas toi, ce n’est pas aujourd’hui ! Nous ne sommes pas tous les deux au pied de ce mur où il faut seulement dire oui. Tu es encore puissant, toi, comme lorsque j’étais petit. Ah ! Je t’en supplie, père, que je t’admire, que je t’admire encore ! Je suis trop seul et le monde est trop nu si je ne peux plus t’admirer.»
Eurydice
L’épouse de Créon, la mère d’Hémon. C’est «la vieille dame qui tricote», la «femme de Créon», «elle est bonne, digne, aimante», mais «Elle ne lui est d’aucun secours»
Le Page
Il accompagne Créon dans plusieurs scènes, et souligne la solitude du souverain. Il représente l’innocence émouvante, le symbole vivant du paradis perdu de l’enfance. Il voit tout mais ne saisit pas l’importance de la situation. Il n’est d’aucun secours pour Créon, juste une oreille silencieuse. Il rêve, un jour, de devenir grand :
Créon : Ce qu’il faudrait, c’est ne jamais savoir. Il te tarde d’être grand, toi ?
Le Page : Oh oui, Monsieur
La Nourrice
Personnage traditionnel du théâtre grec, la Nourrice n’existait pourtant pas dans la pièce de Sophocle; c’est une création d’Anouilh. Elle est la vieille femme, affectueuse et vigilante, la «nounou» réconfortante, qui a du mal à comprendre le dessein d’Antigone : «Tu te moques de moi, alors ? Tu vois, je suis trop vieille. Tu étais ma préférée, malgré ton sale caractère.»
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Le Messager
C’est un «garçon pâle ... solitaire». Le messager est un personnage typique du théâtre grec, il apparaît déjà dans la pièce de Sophocle. Dès le Prologue, il montre sa tristesse : «C’est lui qui viendra annoncer la mort d’Hémon tout à l’heure. C’est pour cela qu’il n’a pas envie de bavarder ni de se mêler aux autres. Il sait déjà... « . A la fin de la pièce, il vient annoncer avec mille détails la mort d’Hémon.
Le choeur
Le choeur joue, comme dans la tragédie grecque, un rôle de commentateur : «Et voilà. Maintenant le ressort est bandé. Cela n’a plus qu’à se dérouler tout seul...» et de messager. C’est le choeur qui tire également la leçon morale du drame «Et voilà. Sans la petite Antigone, c’est vrai, ils auraient tous été bien tranquilles. Mais maintenant, c’est fini. Ils sont tout de même tranquilles. Tous ceux qui avaient à mourir sont morts. Ceux qui croyaient une chose, et puis ceux qui croyaient le contraire même ceux qui ne croyaient rien et qui se sont trouvés pris dans l’histoire sans y rien comprendre. Morts pareils, tous, bien raides, bien inutiles, bien pourris. Et ceux qui vivent encore vont commencer tout doucement à les oublier et à confondre leurs noms. C’est fini. Antigone est calmée, maintenant, nous ne saurons jamais de quelle fièvre. Son devoir lui est remis. Un grand apaisement triste tombe sur Thèbes et sur le palais vide où Créon va commencé à attendre la mort. «
Les gardes
Ce sont « trois hommes rougeauds qui jouent aux cartes», «ce ne sont pas de mauvais bougres», «ils sentent l’ail, le cuir et le vin rouge et ils sont dépourvus de toute imagination». Ils sont mesquins, vulgaires, et semblent avoir comme seul objectif de ne pas contrarier leur hiérarchie : «Pas d’histoires !». Ils sont au service de Créon, non par fidélité personnelle, mais par obéissance au monarque en place. Ils soulignent son isolement. Ils ne se sentent nullement concernés par la tragédie qui se déroule devant eux. A la fin, lorsque le rideau tombe, «il ne reste plus que les gardes. Eux, tout ça, cela leur est égal; ce n’est pas leurs oignons. Ils continuent à jouer aux cartes…»

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